« J’ai tout compris, soupira Evette en tapotant sur son écran. Je suis une déesse de la poisse. La poisse m’aime, tu vois ? Elle m’adore. Elle me trace, elle me comble, elle me couve.
— Hm, compatit Adzo. Allongé à côté d’Evette sur le futon fatigué, il tapotait aussi.
— Déjà, je décroche mon bac + 6 en intermédiation grand-européenne la veille du démembrement de la Grande Europe, c’est quand même une preuve solide, non ?
—… court en bouche mais solidement charpenté, marmonna Adzo.
— Depuis, comme 360 millions de couillons d’ex-grands-européens, je seekfind – je trime chaque jour comme une réfugiée climatique tout en cherchant un autre travail pour le lendemain. Et tu sais comment l’Académie française veut nous appeler ?
— Ça existe encore, ce truc-là ?
— Des postuvailleurs. Qui postuvaillent. Elle vient d’inventer le verbe postuvailler pour remplacer seekfinder, l’Académie française. Postuvailler ! [néol.] Mot-valise signifiant le fait de postuler en travaillant.
—… une belle robe framboisée et un nez très tanin…
— Tu fais quoi ?
— Je farcis le site wines.biz d’avis dithyrambiques sur le nouveau beaujolais nouveau, cette pisse d’âne. Dix euros les trente. Et toi ?
— Des captchas pour Europeana. Vingt euros les cinq cents signes parce que c’est du cyrillique d’avant 1917. Je savais que le russe me servirait un jour. Non mais postuvailler, quoi ? Pourquoi pas travailluler ? Je parie qu’ils ont hésité entre les deux, les vieux bulots. Tu les imagines, tout verts sous leur coupole, des gus qui n’ont pas cherché de travail depuis soixante ans ? Je postuvaille, tu postuvailles, et que vouliez-vous que je fisse ? Que je chômasse ? Non, que vous postuvaillassiez. Bande de google glass.